
Comprendre ce qu’on lit est le but de toute activité de lecture. Or, les élèves français ont des difficultés dans ce domaine (cf. enquête internationale PIRLS de 2021 : les performances des élèves français dans ce domaine sont en-dessous de la moyenne européenne).
Comprendre ce qu’on lit est une activité cognitive complexe. En effet, la compréhension ne découle pas systématiquement du décodage des mots écrits. Il faut au minimum connaître le sens des mots pour commencer à comprendre ce qu’on lit mais ça ne suffit pas non plus ; il y a un ensemble complexe de connaissances et de raisonnements nécessaires à la compréhension.
Le développement de la compréhension démarre très tôt, en même temps que l’enfant apprend à parler. Les mécanismes de la compréhension sont de même nature chez le tout jeune enfant et chez l’adulte ; ce qui les distingue c’est leur complexité.
Comprendre un texte c’est construire une représentation mentale cohérente de l’ensemble des idées exprimées (= modèle de la situation). Ce modèle mental peut être + ou – précis selon les connaissances du lecteur. La compréhension n’est donc pas un processus en tout ou rien. Elle doit être conçue sur un continuum qui va de l’absence de compréhension à une compréhension approfondie en passant par une compréhension seulement partielle.
Les connaissances et habiletés fondamentales

Elles constituent le socle de toute compréhension langagière. Sur ce socle se construiront les connaissances et habiletés + spécifiques au traitement des textes (= les habiletés de haut niveau).
Dans ce socle, on trouve 3 grands blocs d’habiletés et connaissances fondamentales :
- les connaissances langagières (vocabulaire, phonologie, morphologie, syntaxe)
- les connaissances culturelles qui sont sollicitées en permanence au cours de la compréhension (quand on lit un texte dont le thème nous est familier, on comprend mieux).
- l’efficience cognitive (= capacités générales de mémoire, de raisonnement … qui sont fortement impliquées dans la construction de la cohérence).
Les habiletés de haut niveau

Elles permettent de construire le modèle de situation c’est-à-dire la représentation mentale cohérente du texte.
On trouve 3 grandes habiletés de haut niveau :
- La connaissance des types de textes qui sont structurés selon leur type de manière différente. La connaissance de ces structures aide à l’intégration des informations car elles agissent comme des schémas dans lesquels les infos du texte sont intégrées au fur et à mesure. Cette connaissance de la structure des textes se construit progressivement au contact des différents types de textes.
- Le traitement des inférences ou raisonnement qui permet de saisir les informations implicites, non énoncées et de comprendre les liens entre des informations juxtaposées dans le texte. Il existe 2 grands types d’inférences : celles fondées sur le texte (qui s’appuient sur des indicateurs présents dans le texte comme les pronoms) et celles de connaissance (qui font appel aux connaissances culturelles du lecteur).
- L’auto-évaluation et la régulation. Auto-évaluation = ce qui permet d’avoir conscience de ce qu’on comprend (ou pas) au fur et à mesure de notre lecture. Régulation = ce qui intervient pour résoudre le problème lorsque l’on a détecté une difficulté de compréhension (comme une incohérence par rapport à notre modèle de situation initial).
Le traitement des inférences et l’auto-évaluation/régulation sont 2 mécanismes qui, ensemble, permettent le contrôle de la compréhension.
Les traitements délibérés et les automatismes

Certains processus de haut niveau font appel à des raisonnements conscients alors que d’autres sont devenus des automatismes. La compréhension demande une coordination constante entre des processus automatiques et des traitements délibérés (= stratégies de compréhension). Ces stratégies de compréhension sont métacognitives car elles font toujours appel à un traitement délibéré et intentionnel du lecteur.
Il existe 3 grandes catégories de stratégies métacognitives :
- Les stratégies préparatoires à la lecture, comme par exemple se fixer un objectif de lecture qui induira une stratégie de lecture différente (exploration du texte différente).
- Les stratégies postérieures à la lecture, comme par exemple faire un bilan pour savoir ce qu’on a compris ou non.
- Les stratégies pendant la lecture, pour résoudre une difficulté de compréhension (= régulation). Ces processus de régulation peuvent être automatisés c’est-à-dire utilisés sans qu’on y pense : chez le lecteur expert, leur accès de façon consciente n’a lieu qu’en cas de difficulté.
De ce fait, POUR ENSEIGNER LA COMPREHENSION, L’EXPERT DOIT REDEVENIR CONSCIENT DE CES MECANISMES DEVENUS AUTOMATIQUES.
L’interprétation de chaque phrase, comme la compréhension des relations entre une phrase et la suivante appellent l’utilisation de connaissances et de raisonnements variés et nombreux : il faut comprendre les références, la causalité, la temporalité, les expressions imagées, … c’est-à-dire les habiletés que le lecteur doit maîtriser et automatiser pour parvenir à une lecture permettant la compréhension.
Dans le même temps, des traitements stratégiques conscients restent à l’oeuvre pour auto-évaluer sa compréhension et, le cas échéant, résoudre une difficulté. Ces stratégies sont une condition essentielle de la compréhension précise de ce que dit le texte.
